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Un stage inoubliable au CESCM

Bonjour, je m’appelle Charlène, et je suis en classe de seconde au LP2I (Lycée Pilote Innovant International) à Jaunay-Marigny. J’ai effectué mon stage de seconde sur une période de 2 semaines, du 16 Juin au 27 juin 2025.

J’ai décidé de faire mon stage au CESCM ( Centre d’Études Supérieures de Civilisation Médiévale) puisque j’ai toujours apprécié l’histoire depuis que je suis assez jeune, avec le rêve de devenir archéologue un jour. Bien que je sois principalement intéressée par l’Antiquité, je me suis beaucoup plus ouverte sur le Moyen Âge cette année grâce au programme d’histoire de seconde. C’est donc pour en savoir plus sur l’époque médiévale que j’ai fait mon stage au CESCM, mais également pour en savoir plus sur le métier d’archéologue et être sûre de ce que je voudrais faire après mon baccalauréat.

Cette période de stage était assez spéciale étant donné qu’il est tombé durant les Semaines d’études médiévales, qui accueillent de nombreux étudiants venant de plusieurs coins de la France et du monde, tels que du Mexique, de la Chine, d’Espagne, d’Italie, etc… 

Cela m’a permis de suivre à des conférences vraiment intéressantes ! 

Cliché CharlèneSoreau

 Mais j’ai également pu assister à des visites, comme celle du Poitiers médiéval par Mme Andrault-Schmitt ou bien celle de Montierneuf par Émilie Kurdziel et Cécile Treffort, celle-ci nous avait fait une conférence sur la fondation de l’abbaye de Montierneuf. Une conférence d’ailleurs vraiment intéressante mais également compréhensible malgré que je ne sois qu’en seconde.

 

En plus de cela, j’ai pu observer et visiter la bibliothèque Martine et la photothèque avec Stéphanie et rencontrer Robert Favreau : j’ai ainsi découvert des domaines comme l’épigraphie, la liturgie mais également l’hagiographie…

Durant mon stage, j’ai également pu rencontrer de très belles personnes passionnées qui m’ont présenté chacun leur métier ; ce qu’elles faisaient, leurs études, etc…. Dans toutes ces personnes, certaines m’ont plus “marqué” que d’autres, par exemple, Valentin, un doctorant archéologue passionné qui a pris le temps de m’expliquer son métier, de parler de ses chantiers mais qui a également répondu à toutes mes questions. Il m’a conseillé comment faire plus tard dans mes études si je veux me lancer dans une voie d’archéologie. 

J’ai aussi pu participer à des ateliers tels que le workshop sur la taille de pierre !

Cliché Vanessa Ernst-Maillet

Il y a également les épigraphistes qui m’ont vraiment marquée, dont principalement Robert Favreau, Damien et Clément. Les manières dont toutes ces personnes s’expriment par rapport à leurs métiers, la manière dont ils sont dévoués sont vraiment incroyables à observer et à écouter ! Ils vous racontent des anecdotes, se perdent dans ce qu’ils ont à dire.. C’est vraiment fascinant à écouter ! Ils ont réussi à trouver un rival pour mon rêve d’archéologue haha.. Mais plus sérieusement, grâce à eux, je vais faire plus attention quand je regarde les murs en ville.

En bref, ce stage m’a été énormément enrichissant. Grâce à celui-ci j’ai pu rencontrer de très belles personnes, qui sont toutes agréables et chaleureuses ! Je tiens également à remercier ma maître de stage, Vanessa, qui a toujours été gentille avec nous. En espérant retrouver toutes ces belles personnes dans quelques années. 

Encore merci de m’avoir donné l’occasion de faire ce stage !

Faire (re)vivre le Moyen Âge : un nécessaire passage au CESCM ?

Avant de vous livrer le bien humble témoignage de mon stage, laissez-moi me présenter. Je m’appelle Henri Thevenot et je suis en classe de 2nde au lycée Isaac de l’Étoile à Poitiers. Suite à l’instauration d’un stage de deux semaines obligatoire, j’ai choisi de me tourner vers le CESCM (Centre d’Études Supérieures de Civilisation Médiévale) pour deux principales raisons : tout d’abord pour mon amour pour Poitiers, exemple même de la ville médiévale avec ses églises romanes et ses maisons à colombage ; la deuxième raison est (sans doute à votre plus grand étonnement) ma passion pour l’Histoire depuis ma plus tendre enfance et ma volonté d’en apprendre plus sur cette période sale et décadente : le Moyen Âge !

J’ai été accueilli dans ce magnifique bâtiment qu’est l’hôtel Berthelot en même temps que les étudiants français et étrangers venus à l’occasion des « Semaines d’Etudes Médiévale », évènement incontournable du centre depuis près de 70 ans.

Cliché Henri Thevenot

 Dans le cadre de mon stage et conjointement aux semaines d’études j’ai pu assister à de nombreuses conférences sur des sujets très divers (peinture, architecture, littérature, personnages importants) qui m’ont permis de développer un raisonnement plus travaillé et plus subjectif des sujets médiévaux. J’ai aussi eu la chance de (re)visiter des sites bien connus de notre chère ville comme la cathédrale Saint Pierre et le baptistère Saint Jean, ainsi que l’abbatiale de Montierneuf.

Mais j’ai également pu rencontrer le personnel qui travaille toute l’année dans le laboratoire et découvrir des sujets d’études qui m’étaient jusque-là inconnus comme l’épigraphie (avec M. Favreau, Damien et Clément), les humanités numériques (avec Rémi et Léontine) ou encore l’archéographie (avec Carolina et Aliénor).

Mais ce qui m’a le plus profondément marqué durant mon stage, c’est sans doute la vue de ces étudiants d’origines différentes unis par leur passion de la période médiévale, et l’évoquer avec fougue. Ces étudiants représentent pour moi un formidable message d’espoir, l’espoir d’une génération qui veut mieux comprendre les précédentes, et comme on dit souvent : comprendre le passé permet de mieux appréhender le futur. Ce sont également avec les éclats de rire des membres de l’équipes et les discussions animées qu’ils tiennent que j’ai pleinement réalisé que le CESCM est aussi un lieu de vie ou se mélangent savoir et admiration, savoir sur les sociétés du passé, et admiration pour celles-ci. Ce sont toutes ces personnes qui font (re)vivre le passé, notre passé. En fouillant, cherchant, classant, restaurant… qu’ils soient étudiants, doctorants, chercheurs, professeurs, dans l’administration, chargés de communication, toutes ces personnes sont absolument essentielles à notre devoir de mémoire et de réhabilitation du Moyen Âge.

Avec toutes ces personnes nous découvrons une toute autre face du Moyen Âge, un Moyen Âge rempli de beauté (avec ses peintures murales, ses enluminures colorées, ses édifices incroyables), d’intelligence (avec ses textes, ses inscriptions et ses personnages importants). C’est ce Moyen Âge qui a tant fait rayonner notre ville et que le centre d’études s’est chargé de remettre au jour, qui me plait tant, et qui me plaira encore très longtemps.

Je tiens encore une fois à remercier toutes les personnes qui m’ont accueilli lors de mon stage pour leur gentillesse et leurs explications, et plus spécialement Mme Ernst-Maillet qui a organisé ce stage.

Fabio à Poitiers : mythe ou réalité ?

Le CESCM accueille pour un mois Fabio Sangiovanni, Professeur de philologie et linguistique romane, à l’Université de Padoue.

Cher Fabio, j’aimerais connaître votre avis sur Poitiers

Mon premier aperçu de Poitiers, en arrivant en train en septembre 2022, était incertain quant à la façon dont je devais interpréter cette ville : le chemin de fer passe à côté du Futuroscope, puis la vue du quartier de la gare, un peu aliénante, mais c’était parce que je ne connaissais pas encore la grande blessure du bombardement de 1944 subie par ce quartier, avec la reconstruction des années 60 (nous devrions toujours étudier en nous promenant dans la ville…). Et puis, le lendemain matin, la première rencontre avec Martin Aurell et une promenade-ascension vers le cœur plus ancien de Poitiers et enfin l’Hôtel Berthelot.

D’abord, il faut savoir qu’à Padoue, il existe une sorte de mythographie de Poitiers et de Semaines d’études médiévales du CESCM (chez nous aussi, il existe une rencontre pluridisciplinaire estivale, à Bressanone, avec une longue histoire presque contemporaine, mais avec une structure différente) et nos maîtres (Furio Brugnolo, Ivano Paccagnella, Gianfelice Peron, Lorenzo Renzi… ) sont tous venus à Poitiers dans les années 60 et 70 (ainsi que, par la suite, leurs élèves, nos jeunes-maîtres) et ont parlé des sessions d’été qui étaient LE lieu où venir à cette époque pour un/e médiéviste. Ça rejoint une idée de la pluralité du Moyen Âge et des disciplines sur le Moyen Âge : un italien qui étudie la philologie romane doit venir à Poitiers, c’est ça le mythe !

La seconde fois que j’ai compris Poitiers, de lonh (de loin, en occitan), comme il est à la mode de dire, c’est parce qu’un de mes meilleurs amis et collègues, Alessandro Bampa, a fait son doctorat en co-tutelle avec Martin Aurell : cet ami m’a préparé au contexte médiéval et m’a convaincu de m’isoler dans le Moyen Âge poitevin.

Et ma dernière raison est justement la rencontre avec Martin Aurell pour organiser la mise en place d’un master Erasmus + dont j’étais le référent de Padoue : devant recueillir toutes les informations sur Poitiers j’ai eu à cotoyer Martin et c’est là que j’ai connu ses qualités humaines, si précieuses et rares, après l’avoir connu, à travers ses livres, comme grand historien. C’est comme ça que nous avons évoqué l’invitation au CESCM, malheureusement programmée avant sa disparition.

Depuis mon arrivée, pour comprendre comment Poitiers parle du Moyen Âge et comment la relation entre le Moyen Âge et la Contemporanéité devient problématique, j’ai fait le tour de toutes les églises de Poitiers (mais j’ai mes préférées…) et je vais le refaire : Poitiers invite toujours à interroger le Moyen Âge. À ce propos, les toutes premières questions du beau volume de René Crozet1, que j’ai pu feuilleter parmi les collections si riches du CESCM et des bibliothèques voisines, sont pertinentes, questions si importantes sur le plan de la méthode, même pour celui qui tente de se déclarer philologue : « Quelle acception faut-il donner au mot Poitou ? […] Nous nous proposons, au contraire, de saisir en Poitou, non seulement ce qu’il y a de propre à la province, mais aussi ce qui est étranger aux caractères dominants. Comment apprécier ce que le Poitou a pu donner en ignorant ce qu’il a pu recevoir ? ». Voilà, c’est une question de placer sous la loupe critique la définition de chaque mot, avec la considération continue de la contamination comme processus fondamental : excellent enseignement.

Comment vous est venu ce souhait d’étudier la philologie romane ?

Vous savez que nous portons des masques et je crois avoir décidé de porter celui du philologue : j’avais choisi d’étudier les Lettres au départ par intérêt pour le XIXe siècle mais mon maître Furio Brugnolo m’a convaincu d’aller vers le Moyen Âge et au final tout se tient, nous pourrions dire, car la philologie naît au XIXe siècle comme un problème de méthode et comme un problème de méthodologie: la discipline m’a passionné peut-être par ce lien entre les deux périodes, mais qui sait… Pour avoir une idée de la complexité de la question, il suffit de parcourir l’introduction de Martin Aurell à son ouvrage sur le mythe arthurien2 : c’est une introduction très importante, qui aborde avec une grande intelligence critique et avec élégance l’histoire de l’historiographie des XIXe et XXe siècles, avec un regard pluriel sur les données historiques et les objets textuels.

J’étudie donc les textes du Moyen Âge roman, surtout en vers, et la rhétorique médiévale, mais j’ai aussi un projet sur le vrai et le faux dans la littérature du Moyen Âge : c’est à dire que je vais étudier la modalité avec laquelle, dans le texte littéraire, on applique un jugement de vérité ou de fausseté sur les choses, les concepts : que signifie définir quelque chose selon les catégories de vrai ou faux ? Une sorte d’enquête sémantique…

Mais étant au CESCM pour un mois je me centre sur le mot-concept de fabula, lié à la fausseté et au troisième ‘invité’, le fictum, c’est-à-dire la catégorie de la fiction. En plus du dialogue avec les collègues, je profite aussi de la photothèque car on a beaucoup de représentations sur ce thème dans les peintures, les sculptures… Et tout le personnel du pôle documentaire a tous mes remerciements pour l’accueil, ainsi que celui du secrétariat, si gentil aussi pour corriger mes erreurs de procédure avant l’arrivée : on fait toujours de la philologie !

Même si parler de philologie aujourd’hui signifie clairement entrer dans un discours sur une crise profonde à laquelle nous donnons des réponses qui me convainquent peu…

Vous donnez vraiment l’impression de naviguer entre le Moyen Âge et l’époque actuelle …

Tout à fait, mes lignes de recherche sont liées aux questions philologiques autour des textes médiévaux mais je ne peux pas tolérer des discours, apologétiques et donc avec une large dose d’hypocrisie, qui annoncent la philologie comme la meilleure discipline, ou parmi les rares, qui peut interpréter le monde contemporain vis-à-vis du Moyen Âge, période sans aucun doute riche de complexité et de métamorphose (comme toutes…).  On doit être métaphoriquement politéistes car si on ajoute cet état de réflexion, à mon avis peu critique, peu dialectique, ou faussement dialectique, à la voie que prend la recherche aujourd’hui, on a du mal à en sortir avec quelque lueur de raison : individualisme, profit, compétition… et quand je vois l’objet médiéval utilisé à des fins médiatiques je suis inquiet pour l’avenir universitaire qui n’est plus une recherche plurielle et véritablement dialectique. Si la philologie ne fait plus de critique sur le système actuel (et non pour la visibilité ou l’auto-publicité !) elle perd de son sens. Nous avons oublié de nous poser et de revoir, avec les intelligences d’aujourd’hui la question de Rousseau, que je relis grâce à une rencontre entre les librairies de Poitiers, dans l’introduction au Discours sur les arts et les sciences : « Le rétablissement des sciences et des arts a-t-il contribué à épurer ou à corrompre les mœurs ? ». La moralité, ou le discours éthique, c’est à mon avis aller contre la direction actuelle du système universitaire. Et le Moyen Âge, si le cas de la vie nous y a amené, doit nous aider dans la critique du système, surtout dans sa métamorphose continue.

Je suis certain que moi aussi, en étant ici à Poitiers, grâce à l’accueil du CESCM et de sa directrice, que je remercie, je vais traverser une nouvelle continuité métamorphique, éveillé mentalement et heureusement par chaque discipline médiévale qui vit ici.

  1. L’art roman en Poitou, Paris, Laurens, 1948 []
  2. La légende du roi Arthur (550-1250), Paris, Perrin, 2007 []

Murat’s crusade in Poitiers

Postdoctoral researcher, Murat Çaylı will conduct research at CESCM for one year starting from 1 September 2024 to 30 august 2025 with a scholarship from TÜBİTAK, the official scientific research institution of Türkiye.

Why did a Turkish student choose to study Philippe de Mézières?

I work on 14th-century Crusade projects and East-West relations in the Late Middle Ages. I came to CESCM thanks to a scholarship from TUBITAK, Türkiye’s official scientific research organisation. My PhD thesis was on Philippe de Mézières and the Crusade project. My interest in this subject began in my undergraduate years with my curiosity about the interactions between the Eastern and Western worlds in the Middle Ages. I envied the curiosity and courage of priests, merchants or knights who travelled from Europe to Anatolia or Asia, and this introduced me to Philippe de Mézières. Similarly, he was devoted to an idea and tried to realise it by travelling to many places. He is also an important figure in Turkish history. Therefore, I started to explore his life, his works and the period in which he lived. The book version of my thesis was published in 20211.

How did you start learning French?

It is not very easy to learn French in terms of grammar structure. But we use thousands of French words in Turkish. This partly makes it easier for us. I started to learn French because I wanted to write my thesis and do my future studies in this field. I took classes at the Institut français Istanbul for two years. I was also learning Latin at the same time. This made my job easier and helped me learn faster.

The works of Philippe de Mézières and almost everything written about him was in French. This was a trigger for me. After I started to learn the language, I became more interested in the history of France and Europe. I chose the 14th-century as my field of study. For me, it is one of the most exciting periods of the Middle Ages. The Crusades are losing their former popularity, but some authors are still writing works for new crusades, trying to convince popes and kings. At the moment, I am doing research on crusade projects designed in the 14th-century.

This is also how I met Martin Aurell. I was very inspired and took many notes while studying one of his works. Later, while looking for centres abroad where I could do research, I came across CESCM. The professor I sent an e-mail to was the director of the institution and said that he could invite me to Poitiers. At that moment, I realised that I had met Martin Aurell, whose book I had reviewed with excitement, and I was invited. It was a very pleasant coincidence and an unforgettable memory for me.

What are your reasons for wanting to come to Poitiers?

This is how my story of coming to Poitiers started. I came to CESCM for the first time in 2019 at the invitation of Martin Aurell and had the opportunity to access all the resources needed for my thesis. But this was short-lived because I had to go back after 6 months because of Covid. It was thanks to this short adventure at CESCM that I was able to write my PhD thesis.

In 2023, I contacted Martin Aurell again. I shared with him my idea of doing a post-doctorate on 14th-century Crusade projects. He was very pleased and welcomed it. With the support of Cécile Voyer, to whom I would like to thank, my invitation letter was sent. When I arrived, I discussed a lot with Martin Aurell about the topics I was planning to prepare. He gave me many ideas and supported me during my stay here. He even shared his room with me. An irreplaceable person and scientist, we miss him.

I am currently continuing my research with Stéphane Boissellier, who gives me great ideas to take my research forward. I am very pleased to have met him and I would like to thank him.

How do you like Poitiers?

By the end of my research, I will have spent one and a half years of my life in Poitiers. I can say that this is my second city. I am sure I will miss the peace and historical atmosphere here. The location of the city is also very central. For example, I have to go to Paris from time to time to visit the libraries, but it is not difficult to get there. I think I will enjoy the city more, especially in the summer months. It is also close to magnificent cities such as Tours, Angoulême, Bordeaux and La Rochelle.

On the other hand, the university libraries and the CESCM archive are very rich. I can find most of the books I am looking for here. The friendly atmosphere in CESCM is another factor that beautifies the city. I recommend it to everyone who is thinking of visiting here. It will be an unforgettable experience for you.

  1. Murat Çayli, Bir Haçlı’nın Rüyası – Philippe de Mezieres ve Haçlılar, Yeditepe Yayınevi, 2021, 275 p. []

Niall, un irlandais à la conquête de l’histoire de France

Lauréat d’un projet Horizon Europe Marie Curie Post-doctoral fellowship PUNF, Niall Ó Súilleabháin – Chercheur postdoctoral financé par le Conseil irlandais de la recherche au Trinity College de Dublin, spécialiste du haut Moyen Âge – est chercheur au CESCM pendant 24 mois, à compter du 1er septembre 2023.
 
Bonjour Niall, cette interview est organisée après le décès de Martin Aurell, c’est lui qui vous a proposé de venir au CESCM ?
 
Je cherchais un poste en France car mes recherches portent sur l’histoire de la France ; j’ai contacté Martin Aurell qui m’avait déjà soutenu et fait venir à Poitiers, sans lui je ne serais pas au CESCM. Je l’ai rencontré la première fois à Leeds en 2018, puis en juin 2019 où j’ai organisé un atelier avec Sarah Casano-Skaghammar, doctorante du CESCM : Atelier international : Repenser l’aristocratie dans la France capétienne (987-1318) et Martin faisait partie du comité scientifique organisationnel.
 
 
À mon arrivée en septembre 2023 il m’a guidé dans le milieu scientifique français qui diffère de celui du monde anglophone : le système universitaire français est difficile à percer et très compétitif, dans les pays anglophones on obtient des post-doc différemment, les projets européens sont une voie plus facile pour collaborer. Être eu CESCM est une opportunité qui m’a offert des ressources nécessaires pour avancer mes recherches. Je remercie Stéphanie Boissellier d’avoir pris la suite de l’invitation de Martin Aurell en début d’année 2025.
 
Pourquoi ce choix d’étudier l’histoire de France ?
 
J’ai eu les réelles motivations en fin de licence-début master pour 2 raisons. La première est purement scientifique et a orienté mon sujet de master : je m’intéressais à la société féodale en Europe, à ses origines et son évolution au fil du temps et la plupart des sources historiographiques et littéraires viennent de France ; Marc Bloch dans les années 1930, puis Georges Duby et ses élèves ont été à la source d’une mise en débat qui m’a intéressée et la France était au cœur de ce débat.
Ma deuxième raison est plus « personnelle » : ma grand-mère était française et a vécu en Irlande ; à la mort de mon grand-père elle est revenue vivre dans la Nièvre au bord de la Loire. Mon directeur de master m’a proposé de travailler sur les chartes de la cathédrale de Nevers. Au fil du temps mes recherches se sont étendues au Poitou jusqu’aux Flandres.
 
Quels sont vos projets après votre départ ?
 
Je suis à Poitiers pour finaliser la publication de ma thèse dont le sujet a été l’étude des élites sociales laïques et ecclésiastiques de mi IXe à mi-XIIe siècles dans le Val-de-Loire. Je n’ai pas utilisé le terme d’aristocratie car j’ai voulu décrire aussi les ecclésiastiques qui avaient des modes de vie et des statuts sociaux différents. Elle sera publiée en 2026. En plus, depuis mon arrivée à Poitiers, j’ai lancé un nouveau projet qui étudie les pratiques de la servitude (et les autres formes de la « non-liberté » médiévale) dans la France du nord entre la fin du IXe et le début du XIIe siècles. Le but de ce projet est la conception d’une base des données qui contiendra tous les documents témoignant de la servitude pendant cette période.
 
Mon dernier contrat de maître de conférence ‘contractuel’ était une « couverture » temporaire et mon séjour actuel est un plus pour trouver ensuite un poste, mais je dois postuler un peu partout car en Irlande il y a 7 universités, c’est donc très difficile d’avoir un poste dans le domaine souhaité.
 
Pourquoi Poitiers semble être devenue la ville idéale pour votre séjour ?
 
La bourse de thèse IRC m’a permis de venir souvent en France et d’accéder aux documents d’origines, c’est ce même soutien financier qui a fait ma venue à Poitiers en 2019 notamment et j’ai aimé le CESCM.
Poitiers est la ville parfaite, à taille agréable pour se déplacer, on n’est pas loin des grosses villes pour étudier ou retrouver en Irlande mais aussi pour visiter les lieux touristiques.
J’ai trouvé au CESCM un environnement tranquille mais stimulant, dans un cadre d’art roman magnifique et inspirant.