
En compagnie de Carolina Sarrade, plusieurs étudiantes de master et de doctorat ont suivi une semaine de formation consacrée à l’analyse technique des peintures murales médiévales.
Le premier objectif de la formation visait à appréhender la matérialité et la technique des peintures murales à partir d’observations formulées directement sur le terrain. L’identification des enduits et des techniques utilisées, l’étude de la superposition des couches picturales, le repérage du dessin préparatoire, des repentirs, des traces de cordeaux ou encore des incisions sont autant d’indicateurs précieux pour reconstituer la marche du chantier et les modalités concrètes de réalisation des décors peints étudiés.
Le second objectif de la formation était d’apprendre à restituer ces observations à travers différents types de livrables : les relevés archéographiques et les schémas techniques. Les relevés archéographiques sont des outils de visualisation dont le but est, à partir d’un calque réalisé in situ, de distinguer les différentes strates composant une peinture murale. Les schémas techniques visent, quant à eux, à rendre plus lisibles certains aspects du décor en reportant, sur une orthophotographie, les éléments significatifs observés.

La semaine a débuté par la visite de la chapelle Sainte-Radegonde de Chinon (Indre-et-Loire), célèbre pour sa peinture murale de la seconde moitié du XIIe siècle, située à près de quatre mètres de hauteur, sur le mur nord de la nef troglodytique. Les cinq cavaliers représentés, souvent interprétés comme des membres contemporains de la famille Plantagenêt, ont fait l’objet d’une observation technique approfondie. L’étude des coiffures élaborées des personnages, de leurs précieux habits à la mode du temps et de la robe travaillée de leurs montures a permis de mieux comprendre comment ce décor a été conçu et mis en œuvre.

La mission a également permis d’effectuer des mesures XRF des pigments, notamment afin d’identifier les différentes nuances de bleu employées, entre lapis-lazuli et « faux-bleu », obtenu par le mélange de noir de charbon, de blanc de chaux et d’une faible quantité de rouge.

La formation s’est poursuivie à la chapelle de Plaincourault à Mérigny (Indre), étudiée par Carolina Sarrade dans le cadre de son mémoire de recherche soutenu en 2004. L’édifice conserve plusieurs campagnes de peintures réalisées entre le XIIe et le XVe siècle et offre, en raison de l’usure des couches picturales, un terrain particulièrement riche pour l’analyse technique.
La Vierge à l’Enfant figurée dans l’abside appartient à la première campagne de décoration de l’édifice. La scène a ensuite été recouverte par une Crucifixion plus tardive, en partie conservée dans l’angle supérieur droit, faisant de ce panneau un véritable palimpseste pictural.

L’altération des couches picturales permet d’observer des détails précieux pour identifier les techniques romanes employées. Par exemple, l’axe central de symétrie et le cadre ont été frappés au cordeau à l’ocre rouge. Afin de mettre en place la composition, un dessin préparatoire assez sommaire a été réalisé et, de manière assez peu commune, a été conservé pour dessiner les visages de la Vierge et de l’Enfant. Des traces d’incisions au stylet sont également visibles dans l’intonaco, au niveau des bras et des genoux de la Vierge, ainsi que des mains et du nimbe de l’Enfant.

Dans l’église abbatiale de Saint-Savin-sur-Gartempe (Vienne), l’observation in situ des peintures de la nef, à l’appui des relevés archéographiques, a permis d’appréhender l’organisation et la temporalité de ce vaste chantier, sur lequel quatre ateliers seraient intervenus pendant près de trois mois. L’analyse technique renouvelée de cet ensemble, qui distingue notamment les interventions des XVe et XIXe siècles, vient de paraître dans l’ouvrage collectif dirigé par Marcello Angheben, avec la collaboration de Carolina Sarrade.

Enfin, dans l’église de Saint-Pierre-les-Églises (Vienne), la campagne photographique menée par Lisa-Oriane Crosland, prochainement disponible dans la base Romane, a été l’occasion de regarder de près le décor peint carolingien du chœur récemment restauré. Ces peintures, uniques dans la région d’un point de vue stylistique, représentent une dizaine de scènes conservées de manière inégale et distribuées sur deux registres délimités par une alternance de bandes grises et blanches. Une analyse au 14C des charbons contenus dans les enduits, réalisée par Bénédicte Bertholon en 2005, a confirmé la datation précoce de cet ensemble, entre 782 et 984.
Au terme de cette riche semaine de formation, l’importance fondamentale du terrain dans l’acquisition d’une expertise technique des peintures murales est apparue avec évidence. En complément des connaissances, des méthodes et des outils transmis, cette mission a également favorisé des échanges particulièrement stimulants, qui ont contribué à former l’œil et l’esprit. Que Carolina Sarrade, pour sa disponibilité et sa pédagogie, ainsi que le CESCM, pour avoir permis l’organisation d’une telle formation, soient ici profondément remerciés pour cette initiative.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Carlyne Henocq (19 mai 2026). Formation de terrain au sein du pôle peintures murales. Carnets du CESCM. Consulté le 7 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/168ke